L'obélisque inachevé d'Assouan
- Alain Foucaut
- 15 sept. 2022
- 4 min de lecture
L’exploitation des carrières de granite, de schiste et d’albâtre fut, dès l’antiquité, l’une des richesses de la région. Les blocs étaient transportés vers le nord par la voie fluviale du Nil. Les obélisques égyptiens transférés et érigés à Rome, New York, Istanbul, Paris et Londres ont été taillés dans le granite d’Assouan, roche présente uniquement dans cette région méridionale de l'Égypte.

À quelques kilomètres au sud d’Assouan, plusieurs carrières fournissaient le précieux granite rose destiné aux obélisques, mais aussi les blocs de pierre destinés aux pyramides, aux statues et aux colosses royaux.

Dans une grande carrière de granite repose l'obélisque inachevé, dont la taille a été abandonnée à la suite d’une fêlure dans la roche. C’est le plus grand de tous les obélisques connus à ce jour. Long de près de 42 mètres, il est taillé sur trois faces, mais pas du tout poli ni gravé.

L’obélisque inachevé est un long bloc de pierre de section carrée, qui s’affine vers la partie supérieure pour se terminer en pointe. Son poids est estimé à environ 1200 tonnes.
Jusqu'au début du XXe siècle, les visiteurs contemplaient un obélisque long apparemment d'une vingtaine de mètres, que les anciens semblaient avoir renoncé à détacher de la montagne. Au cours d'une visite qu'il fit à Assouan, le roi Fouad exprima le désir que cet obélisque fût complètement dégagé. Ce travail fut mené à bien sous la direction de Reginald Engelbach, conservateur du musée du Caire. On s'aperçut alors que l'obélisque, long de 41,75 m et large à la base de 4,20 m avait été en réalité complètement dégagé sur les côtés, mais jamais extrait de la tranchée.

Ce gigantesque obélisque donne des indications sur la façon dont ces monuments étaient taillés dans le massif granitique. Sans doute à cause d'un défaut dans la roche, les ouvriers l'abandonnèrent, sans le détacher du sol. Cet état d’inachèvement permet de mieux comprendre les procédés d’extraction qu’utilisaient les Égyptiens dans les temps anciens : l'état des immenses saignées latérales montre que la roche était attaquée par percussion (très certainement à l'aide de marteaux ou boules de dolérite).

On choisissait d'abord un banc rocheux homogène et dépourvu de toute fissure, puis on aplanissait sa surface par l'application de briques chaudes brusquement refroidies à grande eau. Le granite était alors damé sans relâche à l'aide des boules de dolérite, dont on a retrouvé de nombreux exemplaires formés naturellement dans les vallées de toute cette région désertique, à l'est comme à l'ouest du fleuve.

Ces boules pèsent couramment 5 kg, et mesurent 15 à 30 cm de diamètre. Elles permettent de pulvériser, en une heure de travail, le granite d'Assouan sur une épaisseur de cinq millimètres.

On se servait de ces outils lithiques par percussions verticales patiemment répétées, en les levant et relâchant brusquement, à la façon de l'outil appelé dame ou hie. Il en résulte des traces d'outils très particulières, en forme de larges cannelures arrondies qui semblent comme « grignotées ».
Ils ont aussi utilisé une autre technique pour séparer le granit du substrat rocheux, où ils ont creusé de très petites cavités dans le corps du rocher, le long de la ligne de détachement souhaitée.

Ces cavités ont ensuite été remplies de copeaux de bois et les copeaux ont été complètement imbibés d’eau.
Ce trempage a entraîné une expansion du volume du bois, ce qui a provoqué la fissuration de la roche le long des lignes tracées et enfin son détachement de sa base.
Mais jusqu'à récemment, on ne pouvait rien savoir sur leurs autres instruments technologiques, utilisés en architecture ou pour sculpter le granit dur.
On ne sait combien de temps il eût fallu pour mener le chantier à son terme, mais on peut en avoir une idée par une inscription de l'obélisque d'Hatchepsout à Karnak : la reine déclare que sans doute personne ne la croira, mais que son obélisque fut achevé et érigé en tout juste sept mois.

La construction de l’obélisque inachevée a été commandée par la reine Hatchepsout près de 1 500 ans avant notre ère. À cette époque, ces monolithes symbolisaient la présence du dieu créateur Atoum-Rê. Particulière attachée à Amon-Rê, l'une des formes de cette divinité, la reine a tenu à lui rendre hommage en dressant un monument à la hauteur de sa grandeur.
Elle décida alors de bâtir le plus grand obélisque jamais construit en Égypte, et projetait de l'ériger devant le temple d'Amon-Rê à Karnak, dans la cité de Thèbes. La carrière de granite d'Assouan fut donc réquisitionnée par la reine pour les travaux. La construction de l’obélisque inachevée a été commandée par la reine Hatchepsout près de 1 500 ans avant notre ère. À cette époque, ces monolithes symbolisaient la présence du dieu créateur Atoum-Rê. Particulière attachée à Amon-Rê, l'une des formes de cette divinité, la reine a tenu à lui rendre hommage en dressant un monument à la hauteur de sa grandeur.

Sous les directives des architectes royaux, les tailleurs de pierre choisirent le banc rocheux le plus homogène du site. Ils commencèrent à damer sa surface pour la rendre parfaitement lisse. Puis, ils creusèrent des tranchées tout autour de la roche. Cette partie devait constituer l'épaisseur de l'obélisque.

Alors qu'ils commençaient à tailler la partie inférieure de l'édifice, ils entendirent soudainement un bruit sourd et déchirant. Un son qu'ils connaissaient trop bien. Ils se précipitèrent tous à la surface du monument. Leurs inquiétudes se sont alors confirmées. Une grande fissure était apparue à la surface de l'obélisque en formation. La pierre avait craqué sous les coups de marteaux. Et en un instant, tout le travail acharné des ouvriers fut réduit à néant.
Informée de la tragédie, Hatchepsout y vit un signe des dieux. Son neveu et successeur, Thoutmôsis III, devait être le bâtisseur des obélisques de Karnak, œuvre qu'il accomplit plusieurs années plus tard.
Le projet de la reine fut donc abandonné et l'obélisque demeura inachevé jusqu'à nos jours.

Un autre mini-obélisque se trouve également sur le même site, qui a probablement commencé à être sculpté dans la carrière d’Assouan, avec quelques rares gravures rupestres à cet endroit.

À présent, le gouvernement égyptien moderne a annoncé le lieu dans son ensemble en tant que musée ouvert et s'est chargé de préserver ces structures en tant que trésors archéologiques du pays.
Visité en 2009.
Sheyakhah Oula, Qism Aswan, Aswan Governorate 1241771, Égypte
Accès payant
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