Les alignements de Carnac, trente ans plus tard...
- Alain Foucaut
- 23 juil. 2020
- 3 min de lecture
Pour des mégalithes vieux de 6000 ans, normalement cela n'aurait pas du changer, trente ans c'est rien...
Et pourtant ce paysage extraordinaire a sensiblement évolué...

En juin 1991, la pose d'un grillage planté dans de grands blocs de béton, tout autour des alignements, permet de restaurer la végétation et de faire disparaître les traces de piétinement des visiteurs, mais suscite des polémiques face au risque de privatisation du site et la non protection des mégalithes authentiques aux alentours: Le projet de construire une zone touristique autour du site de Carnac, via des travaux qui prévoyaient de dévier une route et de détruire des habitations. Le sénateur-maire de Carnac, Christian Bonnet, imagine de construire, à l'instar de Lascaux 2, une réplique en béton des alignements, pour y gérer le flux de touristes. Cependant, cette idée d'exploitation économique du site historique connaît une forte opposition de la part des riverains et d'une association, Menhirs libres fondée en 1993 par Yannig Baron et Guy Mary, du fait notamment de l'expropriation d'une dizaine de familles d'agriculteurs habitant à proximité du site.

Le local commercial installé en bordure des alignements de Kermario est occupé 41 jours par le collectif « Holl-A-Gevret » (« tous ensemble »), dont Menhirs Libres fut membre. Le jour suivant leur expulsion du lieu, les militants organisent une manifestation de soutien à la dernière famille d'agriculteurs encore présente sur le site, bien qu'expropriée. Celle-ci est sévèrement réprimée par une compagnie de gardes mobiles. Plusieurs personnes sont blessées dans les rangs des manifestants et dans celui des gendarmes.

Finalement, du fait de son illégalité reconnue par le tribunal administratif de Nantes, ce projet touristico-culturel qualifié de « Menhirland » par ses opposants, est officiellement abandonné en 2003 par Jean-Jacques Aillagon, alors Ministre de la Culture.

En mai 2017, trois panneaux retracant la vie de l’association ont été installés officiellement sur un chemin qui longe les menhirs toujours engrillagés, en présence du maire de Carnac.

En saison estivale, afin de prévenir les risques de dégradations humaines, les sites sont accessibles uniquement par les visites conférences proposées par la Maison des mégalithes.

Cependant, le site est de nouveau en libre accès d'octobre à mars, en raison du climat et du nombre limité de visiteurs. Cette protection permet d'éviter les déchaussements des menhirs (bloqués dans des fosses de calage de petites pierres sur une quarantaine de centimètres depuis le niveau du sol), de préserver le sous-sol archéologique, et la restauration de la végétation.

L'entretien du site (afin de limiter la repousse des espèces végétales) est assuré par l'utilisation de moutons.
Au sol, la bruyère court, qu’on écrase si on n’y prend garde. Dans une démarche écoresponsable assez innovante pour l’époque, l’entretien du couvert végétal est assuré depuis 1995 par des moutons de race « landes de Bretagne » - en voie d’extinction, ce qui a contribué à la sauver -, et des opérations légères de fauche manuelle.

Les alignements sont protégés par un grillage métallique vert d’environ un mètre de hauteur. Pas du meilleur effet mais ça pourrait être pire.

Carnac serait-il le site patrimonial idéal ? Respectueux de l’environnement comme de la protection des “oeuvres”, de l’économie locale comme des publics dans leur diversité, jusqu’à offrir de nombreux services gratuits… Le tableau est presque trop beau pour être vrai, même si le CMN s’illustre par une politique plutôt responsable dans sa gestion de sa centaine de monuments, par comparaison à d’autres institutions publiques.

Mais en remontant le fil de l’histoire, d’archives de presse en bibliothèques, il apparaît que cette situation est moins le résultat d’une volonté délibérée des pouvoirs publics que le fruit d’une bataille vieille de 30 ans toujours pas cicatrisée, saga patrimoniale bien oubliée depuis Paris qui aura tout connu : pétitions, manifestation de menhirs, occupation de bâtiment, vandalisme, incendie et même plasticage...
Le site en 1979 !

L'alignement de Kermario en 1989, l'érosion de la végétation entourant les menhirs entraînait le déchaussement et la chute de ceux-ci !

La même vue en 2020. Cette décision a permis la préservation de cet espace unique au monde.

Je vous conseille de lire un article, très bien réalisé: "Carnac, méga-saga patrimoniale".
Visité en 2020.
LIeu-dit le Ménec, 56340 Carnac
visite libre d’octobre à mars. D’avril à septembre, seules des visites conférences payantes vous permettent d’entrer à l’intérieur des sites.
Sources: