Les exeptionnels tumulus de Bougon
Les tumulus de Bougon dans les Deux-Sèvres sont la nécropole la plus ancienne connue en Europe. Le préhistorien Jean-Pierre Mohen a fouillé pendant plus d’une décennie le site néolitique des tumulus de Bougon (Deux-Sèvres).
Découvert en 1840, le site de Bougon a très tôt livré des éléments parlants – notamment un trésor de 200 squelettes humains et d’offrandes.

Ce que l’on prenait pour des tas d’épierrements s’est révélé être une nécropole abritant plusieurs tumulus (dolmens recouverts d’un remblai), dont le département des Deux-Sèvres négocia l’acquisition en 1875.
Après un siècle d’interruption, les fouilles ont repris en 1968 et ont été dirigées de 1972 à 1985 par Jean-Pierre Mohen. Avec son équipe, celui-ci a recueilli 23 000 autres fragments d’os, appartenant à 110 adultes et 35 enfants. Il a aussi avancé dans la reconnaissance et l’interprétation des six tumulus, qui ont été utilisés pendant plus de mille ans, à partir de 4700 avant J.-C.

Le tumulus F, le plus ancien possédait une coupole en pierre sèche, comme dans les trulli d’Italie du Sud. Le tumulus central avait une toute petite chambre tandis que le tumulus A, de forme circulaire, avait une dalle de 90 tonnes en aigrain, une pierre fossile d’origine corallienne. Quant au tumulus F, long de 72 mètres, il possédait deux chambres, une à chaque extrémité.

Si les bâtiments ont été construits au Ve millénaire, le site a été utilisé par les Néolithiques jusqu'au milieu du IIIe millénaire.


Les monuments les plus anciens ne contiennent que peu de corps, une dizaine au maximum. Certains objets qui les accompagnaient ont subsisté : quelques éléments de parure (perles en calcaire et en variscite, des céramiques en terre, cuite à basse température (vases en forme d'écuelles décorées d'impressions faites avec le doigt, pour les plus anciennes, vases à fond rond, quelques-uns à fond plat, petites jarres pour conserver, pour cuire, ...), de nombreuses haches votives en pierre polie, dont une hache-marteau en diorite du IVe millénaire.
LE PLAN

Le tumulus A

Il forme un tertre de 40 m de diamètre, limité par trois murets ou parements de pierres sèches concentriques.

Il date du Ve millénaire et renferme une chambre sépulcrale de 7,80 m sur 5 m d'une hauteur de 2,25 m. La dalle unique de 90 tonnes est soutenue par des piliers qui, d'une part, forment les parois et pour deux d'entre eux, placés au centre de la chambre, partagent l'espace.

Disposés en trois couches, 200 squelettes y reposaient selon les découvreurs de 1840. Mais cette évaluation n'aurait pas tenu compte des différences de nature entre les trois niveaux et le nombre de corps aurait été, en fait, moins élevé.

Des objets comme des fragments de « vase support », ont permis de dater la construction du Ve millénaire. La couche intermédiaire, du IVe millénaire, a livré des squelettes et un matériel abondant en assez bon état : de grands vases entiers à fond rond, d'autres à fond plat, des coquillages perforés pour constituer des parures, des outils en os (poinçons et lissoirs), des pierres taillées (haches et pointes de flèches) et des haches en pierre polie dont une hache-marteau perforée en diorite qui n'a jamais servi. Le tumulus a été réutilisé, encore, au IIIe millénaire en accédant à la chambre funéraire, probablement, par le haut du tertre.
Le tumulus B

C'est une construction longue de 36 mètres, large de 8 mètres et orientée Est-Ouest. Il est formé de la chambre B1 de 2 m sur 1,50 m après un couloir long de 2,20 m, et de la chambre B2 qui contenait des calottes crâniennes alignées sur deux rangées et d'os longs, qui peuvent faire penser que cette disposition a été réalisée lors de rangements ou de manipulations au cours d'une inhumation secondaire.

Les corps étaient accompagnés de pointes flèches, de haches votives, de parures (perles -calcaire et variscite- et épingles) et de fragments de vases.

Près du tumulus B on a trouvé deux dolmens angoumoisins à chambre quadrangulaire construits en dalles monolithes parfaitement régularisées, deux petits coffres en pierre et des tessons datés de la fin du Néolithique ancien.
Le tumulus C

Il est complexe, formé de deux tumulus du IVe millénaire recouverts ensuite de terre.


Le tumulus C1, de 24 mètres de diamètre, est formé d'un petit dolmen à l'architecture très soignée dont la chambre funéraire de 2 m sur 1,45 m contenait quatre corps, dont celui d'une vieille femme, et des offrandes : céramiques et silex taillés.

Le tumulus C2 a été construit ensuite et lui a été accolé. Il est limité par un mur de parement et ne comporte pas de chambre funéraire mais plusieurs sépultures. C'est un rectangle de 40 m de long et de 20 m de large.
Le tumulus C3 recouvre les tumulus C1 et C2 et forme une masse de 57 mètres de diamètre. Ce tumulus aurait été réalisé pour en condamner l'accès définitivement.
Le tumulus D
C'est une construction mystérieuse, longue de 35 m et large de 2 m, orientée Nord Sud, qui divise la nécropole en deux parties, d'une part les tumulus A, B et C, et d'autre part les tumulus E et F, les plus anciens.
Le tumulus E

De forme approximativement rectangulaire et de 22 mètres sur 10, il renferme deux dolmens à couloir. Avec le tumulus F0 c'est le plus ancien monument de la nécropole. Il date du début du Ve millénaire et il est ceinturé par deux murs de pierres sèches qui lui donnent, approximativement, une forme rectangulaire.

La chambre E1 mesure trois mètres de diamètre et renfermait 5 ou 6 corps et quelques offrandes.

La chambre E2 a été réoccupée et transformée : de ronde au Ve millénaire, elle est devenue rectangulaire lors d'une deuxième occupation, plus de 1000 ans plus tard.
Le tumulus F

C'est un tumulus trapézoïdal de 72 m, large de 12 mètres au Sud et de 16 m au Nord qui est formé de trois parties:


Le tumulus F0 est formé d'un cairn circulaire d'un diamètre de 2,50 m à trois parements concentriques, construit dans la première moitié du Ve millénaire AEC, avant d'être intégré à l'extrémité du long tumulus, F1. Il contenait les ossements éparpillés de cinq adultes et 6 enfants, incomplets (certains de ces ossements pourraient être des reliques, sur d'autres corps des os ont été prélevés, probablement aussi en tant que reliques).

Ce sont les plus vieux ossements trouvés dans une chambre funéraire à couloir du Néolithique de l'Europe occidentale. Les corps étaient disposés sur un dallage, dans un espace organisé. Les quelques rares objets découverts se limitent à des poinçons en os, une dent de loup perforée, des outils de silex et deux vases : un bol à prise horizontale et un vase à rupture de pente adoucie, qui appartiennent à la culture de Chambon du Néolithique moyen I, centré sur la Touraine, mais qu'on a retrouvé jusqu'en Charente (Angoulême), en Charente Maritime (Rochefort, Île d'Oléron), dans la vallée de la Loire et au sud de la Bretagne occidentale.

Le tumulus F1 est long et ne contient pas de chambre sépulcrale mais, actuellement, trois sépultures.


La comparaison avec le tumulus de Prissé-la-Charrière a été effectuée, ce dernier tumulus bénéficiant de fouilles récentes (publiées en 2002). La partie fouillée est constituée de plusieurs ensembles quadrangulaires juxtaposés.

Le tumulus F2, situé à l'extrémité du tumulus F1, comporte une chambre funéraire carrée d'environ 5 mètres de côté, fermée par une dalle unique de 32 tonnes.




Visité en 2020.
La Chapelle 79800 BOUGON
Accès payant
Sources:
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