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Le dolmen du Mané-Rutual

  • Alain Foucaut
  • 18 août 2020
  • 4 min de lecture

Le dolmen est situé à proximité du centre de Locmariaquer, accessible par la ruelle du Bronso, à 200 m au sud du site d'Er Grah.

Il est connu sous plusieurs appellations et orthographes : Mané-Rutual, Mané-Retual, Mané-Rethuel, Bé-er-Groah ou Tombeau de la Sorcière.

Il s'agit d'un dolmen à couloir de 15 m de long pour 3,4 m de large et 1,2 m de haut, constitué de 39 orthostates soutenant 6 dalles de couverture.

L'une d'elles est d'une taille disproportionnée : 11 m de long pour 40 à 50 t. Le couloir d'accès, long de 9,5 m, débouche sur une antichambre, séparée de la chambre finale par deux piliers.

Cette dernière est semi-circulaire.

La face interne de la plus grande dalle de couverture comporte de nombreuses gravures, dont une idole en forme d'écusson de 6 m de long. Certains des piliers sont également gravés, de crosses et de haches-charrues.

Le monument date du Néolithique. Il est possible que la gigantesque dalle de couverture provienne du réemploi d'un menhir brisé. Le dolmen est fouillé en 1860, restauré une première fois en 1885, puis une seconde fois en 1936 par Zacharie Le Rouzic. Les objets trouvés lors des fouilles sont exposés au Château-Gaillard à Vannes : silex, hache en diorite, fusaïole en argile. La restauration du monument nécessite de renforcer l'appui de la dalle par des murs de béton.

Le dolmen est classé au titre des monuments historiques en 1889.

La signalisation, la grande accessibilité du monument et sa situation privilégiée dans le bourg de Locmariaquer ont fait de ce lieu un passage obligé pour le tourisme passé et actuel. A l'image des autres tombes préhistoriques de la commune, ces gravures subissent des dommages incessants (ablation, surlignage à la peinture, craie grasse, noir de fumée, tags, etc.) qui vont en s'aggravant avec la pression prévisible du nombre de visiteurs.... Nous ne saurions trop attirer l'attention de tous sur l'urgence à traiter cette question, à nos yeux et dans l'échelle des agressions sur le patrimoine morbihannais, bien plus alarmante que les pseudos couches archéologiques piétinées par les visiteurs autour de milliers de menhirs... Ce sont, à n'en pas douter, des pièces uniques en Europe occidentale, dont nous constatons l'effacement irrémédiable au moment même où nous renouvelons entièrement l'interprétation sémiologique et historique à leur sujet; au moment même où leur interprétation permettra justement de comprendre l'énigme des files de pierres dressées.

Toute divulgation actualisée des gravures, conservées au sein de monuments largement ouverts au public, est une cause supplémentaire d'altération. Un inventaire plus précis, un recensement plus poussé, des découvertes inédites, des nettoyages occasionnés par ces relevés, sont pêle-mêle autant de sources possibles auprès desquelles scientifiques et grand public vont puiser et se référer, augmentant de fait, statistiquement parlant, les possibilités de dégradation quand il s'agira d'accentuer un trait pour établir un calque ou une figure pour les besoins d'une photographie.

L'extraordinaire importance de ces symboles - uniques - vieux d'au moins 6500 ans devrait imposer des mesures de protection d'une importance comparable, autant que leur présentation qui, seule, permettra de limiter ces destructions progressives trop souvent générées par ignorance des faits et des histoires ici racontées. La commune de Locmariaquer n'est qu'une suite continuée de ces corruptions. C'est aujourd'hui que nous savons à quel point ces gravures ont un sens historique et mythologique, à quel point elles sont aux origines d'un imaginaire religieux européen ; il nous faut donc en garder la mémoire et la trace car elles ne sont visibles nulle part ailleurs. Leur implantation dans une des régions les plus visitées du monde impose de traiter simultanément ces deux aspects : préservation et remise en histoire.

L'extrême hypothèse haute serait la fouille du site, à l'image de ce qui fut réalisé à la Table des Marchand. Ce serait un idéal, c'est-à-dire un programme de recherche accompagnant un programme de mise en valeur et d'accès maîtrisé aux gravures.

L'extrême hypothèse basse est la fermeture au public de la tombe à couloir, et une reproduction de son contenu graphique (4 stèles, au moins) en un lieu plus ou moins proche.

Des termes moyens que l'on appliquerait sur un monument ouvert ne seront que des solutions transitoires, plus ou moins commodes, mais qui ne régleront rien:

- des panneaux en plexiglas - mais inenvisageable pour le plafond démesuré du Mané Rutual - protégeront en effet les figures, sur les stèles concernées, d'une application de matière de la part d'un visiteur, ce qui est la situation actuelle - mais ils subiront à leur tout un vieillissement et des graffiti pouvant occulter la lisibilité du support ;

-un soulignement des gravures par des tracés peints, à l'instar de ce que les pays Scandinaves ont décidé pour leur propres gravures inscrites sur les affleurement rocheux, permet une approche didactique mais empêche de re-découvrir par soi-même ces mêmes tracés, et condamne plus ou moins sévèrement une étude technologique future, sans relever le fait que bien des tracés sont trop légèrement inscrits pour assurer un dessin définitif.

Dans tous les cas, seul un éclairage interne ad hoc (lumière rasante, minuterie), autorisera un minimum de préservation et de conservation même en « libre-accès », mettant fin aux foyers sauvages, aux passages à la fumée des torches, aux dépôts d'ordures qui sont le lot des recoins abandonnés par les hommes. Cet éclairage accompagnera la mise en obscurité totale de la tombe, qui empêchera le développement de certaines mousses et lichens parmi les plus agressives.

Nantes, Novembre 2003 - Juin 2004

Visité en 1990 (photos 1, 4 et 5) puis retour en 2020, le site est maintenant clos.

38 ruelle du Bronzo, 56740 Locmariaquer

Fermé au public, visite guidée uniquement

Sources:

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