top of page

Et autres manuscrits mérovingiens

  • Alain Foucaut
  • 11 déc. 2016
  • 4 min de lecture

Les manuscrits produits à l'époque mérovingienne sont essentiellement destinés à la pratique du culte au sein des monastères et non à l'évangélisation des populations. Les évangéliaires sont donc plus rares que les missels, sacramentaires, lectionnaires, etc., du moins parmi les manuscrits enluminés. Les livres des pères de l'Église sont par ailleurs privilégiés comme saint Augustin ou saint Grégoire.

Dans son Histoire des Francs, Grégoire de Tours rapporte à propos du roi Chilpéric que celui-ci fit ajouter des lettres grecques à l’alphabet et demanda à ce que tous les anciens manuscrits soient grattés à la pierre ponce et les textes recopiés avec les nouveaux caractères. De fait, si les écritures mérovingiennes ont la réputation d’être difficilement lisibles, il n’en demeure pas moins que cette période est marquée par de nombreuses expérimentations graphiques.

L'Évangéliaire de Gundohinus est un manuscrit enluminé daté des années 754-755 contenant les évangiles. Il a été réalisé par un scribe du nom de Gundohinus. Il contient une des plus anciennes représentations figurées dans un manuscrit franc. Il est actuellement conservé à la bibliothèque municipale d'Autun.

Le manuscrit contient une quarantaine de pages ornées ainsi que cinq pages de miniature en pleine page. L'une d'entre elles contient un Christ en gloire assis sur un trône entouré du tétramorphe (f.12v) ainsi que quatre pages représentant des portraits des évangélistes en fin d'ouvrage (f.186-188).

Le manuscrit est directement inspiré d'un ouvrage antique aujourd'hui disparu. Selon Lawrence Nees, il s'agirait d'un ouvrage originaire de Ravenne et datant du VIe siècle lui-même inspiré de motifs grecs byzantins qui se retrouvent dans le Christ en gloire du folio 12. Cette dernière influence est cependant contestée, ce motif se retrouvant aussi dans d'autres manuscrits occidentaux de la même époque ou plus anciens, comme le codex Amiatinus ou l'évangéliaire de Trèves.

De profonds changements ont renforcé le poids de l’église chrétienne dans la société. Elle est désormais le nouveau centre intellectuel et c’est au sein des abbayes, qui abritent les scriptoria, que sont conçus, fabriqués et écrits les livres. De plus, les Francs ont conservé les structures administratives romaines, favorisant une certaine continuité dans de nombreux domaines, la forme de l’écriture ne faisant pas exception. En effet, la cursive romaine tardive se trouve être l’écriture commune à tout l’Empire. C’est une authentique cursive minuscule.

C’est donc dans ce prolongement qu’elle est adoptée par l’administration des royaumes barbares et va servir de base aux écritures nationales et précarolines. Elle est en usage dans les chancelleries des rois mérovingiens et des premiers Carolingiens, mais aussi dans les actes privés et dans les livres. L’écriture des diplômes des rois mérovingiens est d’un aspect enchevêtré et pour tout dire, déconcertant ! Les lettres sont étroitement serrées les unes contres les autres et avec de nombreuses ligatures (groupes de 2 ou 3 lettres entrelacées).

Saint Jérôme, Commentaire sur Ezéchiel: En écriture ab, un type d’écriture pratiqué entre les années 780 et 830. Il est aujourd’hui admis que les manuscrits en écriture ab, longtemps associés avec Corbie, sont issus d’un autre scriptorium du Nord de la France, peut-être localisé à Soissons ou dans les environs si l’on en croit le petit groupe de manuscrits qui a pu être rattaché à ce centre.

Comme son nom le suggère, cette graphie se caractérise par l’aspect bien particulier des lettres a et b, la première étant formée d’un i et d’un c accolés et la seconde flanquée à droite d’un petit crochet horizontal qui peut entrer en ligature avec la lettre suivante. Bien que certaines de ses formes soient dérivées de l’écriture diplomatique ainsi que de la minuscule cursive, le ductus régulier et la rondeur de cette écriture, qui la distinguent des autres graphies mérovingiennes, permettent de rattacher celle-ci aux écritures pré-carolines. L'ornementation typiquement mérovingienne de ce volume est représentative du courant géométrique en vogue dans le Nord de la France à la fin du VIIIe siècle et dont on trouve également des échos dans un autre commentaire de saint Jérôme sur Isaïe. En guise de frontispice, un imposant encadrement garni de motifs abstraits en frise renferme l’incipit de l’ouvrage transcrit au moyen de grandes capitales multicolores enclavées, tandis que les grandes articulations du texte sont introduites par des initiales ornées de motifs géométriques. Même si on trouve çà et là quelques motifs zoomorphes, les entrelacs, qui sont parfois associés à des têtes d’oiseaux, constituent un leitmotiv de ce décor d’obédience tardo-antique et insulaire.

Les hampes et les hastes sont d’une grandeur démesurée et empiètent souvent sur les lignes voisines. D’autant plus qu’il n’y a pas de réglure, donc les lignes ont tendance à onduler. La plupart du temps, les mots ne sont pas séparés. La première ligne, qui en général contient le nom et le titre du roi avec l’adresse, est particulièrement allongée. L’écriture mérovingienne des manuscrits est plus grasse que celle des diplômes, plus régulière, les hastes et les hampes moins hautes. Dans la seconde moitié du VIIIe siècle, l’écriture devient plus lisible et présage de son évolution vers l’écriture Caroline. Ces quelques descriptions nous font comprendre que le principal problème de l’écriture mérovingienne est une lecture rendue très difficile, à cause de ses irrégularités et de ses nombreuses ligatures. D’autant plus que chaque scriptorium se distingue par la création de son propre style graphique ! ce qui ne facilite pas la communication ! Les centres les plus importants de l’époque, la plupart de fondation irlandaise sont Luxeuil (fondé par Saint-Colomban), Saint-Riquier, Laon et Corbie… La Caroline mettra fin aux écritures mérovingiennes qui, certes alambiquées, souvent maladroites, atteignent pourtant dans certains manuscrits une véritable dimension artistique. Comme dans le fameux Lectionnaire de Luxeuil réalisé au monastère de Luxeuil. Si la lecture s’avère difficile, notre œil est charmé par l’esthétique des signes et des ligatures dont les formes, presque exotiques, donnent au texte composé une certaine poésie visuelle.

Le lectionnaire de Luxeuil (BnF, man. lat. 9427), ou lectionnarium gallicanum (lectionnaire gallican) est considéré comme l'un des chefs d'œuvre de l'enluminure mérovingienne. Réalisé vers 700, sa paternité est disputée entre le scriptorium de Luxeuil et celui du chapitre épiscopal de Reims.

LEXIQUE
Scriptorium : (au pluriel, des scriptoria) atelier des monastères dans lesquels travaillaient les copistes. Écritures nationales : écritures qui se développent dans les différents royaumes. L’écriture curiale et l’écriture lombardique en Italie. L’écriture visigothique en Espagne. L’écriture insulaire (irlandaise et anglo-saxonne). L’écriture mérovingienne en Gaule. Hampe : (ou montante) partie de la lettre prolongée vers le haut. Haste : (ou descendante) partie de la lettre prolongée vers le bas. Lectionnaire de Luxeuil  ou lectionnaire gallican : réalisé aux scriptorium de Luxeuil vers 700. Il est considéré aussi comme l’un des chefs d’œuvre de l’enluminure mérovingienne.
6 Place Paul Painlevé, 75005 Paris
Accès payant
articles recents: 
recherche par TAGS: 

© 2023 by The Artifact. Proudly created with Wix.com

  • Facebook B&W
  • Twitter B&W
  • Instagram B&W
bottom of page