Hôtel de Gadagne
- Alain Foucaut
- 10 janv. 2016
- 3 min de lecture
Installé au cœur du Vieux Lyon, la découverte de vestiges antiques a permis de recueillir des informations précieuses quant à l'urbanisation et l'évolution de ce secteur de la ville. Au milieu du Ier siècle avant JC, avant la fondation de la cité de Lugdunum sur la colline, une installation artisanale assez importante est présente sur ce bord de Saône.
Sous Tibère (empereur entre 14 et 37 après JC), la construction d’un entrepôt démontre que le quartier a toujours eu une vocation commerciale. Rénové au IIIe siècle, il atteste de l’évolution de la ville, puis de l'urbanisation du quartier par sa transformation en habitat. Abandonné au début du Ve siècle, il sert de dépotoir avant d’être enfoui sous un épais remblai consécutif à un glissement de terrain. Cette catastrophe entraîne la disparition de la voie reconnue sous la rue Gadagne et contribue à la désertion du site pendant plusieurs siècles (au moins jusqu'au XIVe siècle).

Au XIVe siècle, s'implantent la maison de La Boyssette et ses dépendances domestiques (sur les flancs de la colline). Les vestiges liés à cette demeure (vaste glacière, meneaux sculptés, quelques éclats de vitraux), indiquent une maison de prestige. Les dépendances sont peu à peu transformées en maisons d'habitation.

A la fin du XIVe siècle, la maison de la Boyssette est détruite pour les projets de la riche famille italienne Pierrevive. L'ilôt est alors considéré dans son ensemble, de la rue de Gadagne à la Montée St-Barthélemy. Les différents bâtiments sont regroupés autour d'une cour rectangulaire. On a d'un côté un édifice prestigieux à l’égal des hôtels de la Renaissance, et de l’autre des bâtiments plus modestes, fonctionnels, probablement en rapport avec les activités commerciales et bancaires. Parallèlement, les Pierrevive font construire un hôtel "la Maison de Belregard" sur le sommet de leur terrain, en bordure de la montée Saint-Barthélemy.

A partir du milieu du XVIe siècle, l’îlot appartient à une importante famille de marchands italiens originaire de Florence, les Guadagni ou Gadagne. Cette riche famille florentine est présente à Lyon dès le début du XVe siècle. Mais la mésentente entre les deux frères est telle qu'ils occupent chacun un des deux corps principaux de l'hôtel, ce qui ne leur empêche de mener grande vie et de donner de nombreuses fêtes somptueuses. Leur fortune colossale inspira en son temps un dicton lyonnais, « riche comme Gadagne ». Thomas, l'un des deux frères, offre à Louise de Savoie une partie de la rançon qui permettra la libération du roi François Ier, prisonnier en Italie après la bataille de Pavie en 1525. Il est divisé en deux parcelles distinctes qui évoluent de manière différente au cours du XVIIe siècle. La partie nord ne connaît aucune modification architecturale. Les modifications de la partie sud de la parcelle sont liées au prolongement de la rue de Gadagne jusqu'à la place du Petit Collège et au percement de la montée du Garillan. Les bâtiments existants sont surélevés et un nouveau corps de bâtiment est construit le long de la montée du Garillan. A l’ouest, un petit jardin d'agrément est réalisé sur la terrasse supérieure.

L'ilôt prend la forme que nous connaissons aujourd'hui, les formes et le plan sont demeurés inchangés.
Au cours du XIXe siècle, les bâtiments sont loués. Entre 1902 et 1941, la Ville de Lyon devient propriétaire de l’ensemble de la parcelle pour y installer le Musée d’Histoire de la Ville.


Les bâtiments sont classés monuments historiques en 1920. En 1921, la Ville ouvre les premières salles du musée mais ce n’est qu’en 1955 que le Musée de la Marionnette est créé.


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