Le calendrier de Coligny
- Alain Foucaut
- 25 déc. 2015
- 4 min de lecture
Je vous présente maintenant, une trouvaille qui, je dois l'avouer, lorsque je me suis retrouvé face à elle, m'a profondement ému. Je savais ce que j'allais voir, mais malgré tout j'eu la gorge nouée...
Le calendrier de Coligny, ou « calendrier gaulois », est une grande table de bronze du IIe siècle, trouvée à Coligny (Ain), dont les inscriptions constituent un calendrier en langue gauloise et le plus long document sur cette langue qui nous soit parvenu.
C'est un document capital pour la connaissance de l’Antiquité celtique, qui renseigne sur la conception que les Celtes avaient du temps, leurs connaissances en astronomie et la tradition druidique. C'est aussi un document linguistique qui contribue à la connaissance du vocabulaire de la langue gauloise.
En novembre 1897, Alphonse Roux, un agriculteur, trouve dans un champ qu'il est en train de miner, au lieu-dit « Verpoix » sur la commune de Coligny dans l’Ain, le long de l'antique route de Lugdunum à Lons-le-Saunier à un peu plus de vingt kilomètres au nord de Bourg-en-Bresse, ce qui ressemble au contenu d'une hotte dont les fibres ont été dissoutes par le temps. Ce sont 550 fragments de bronze enfouis à une trentaine de centimètres sous terre.
Le travail d’assemblage mené par Paul Dissard, conservateur des Musées de Lyon qui en font l'acquisition, révèle qu’il s’agit de deux objets distincts :
une statue gallo-romaine d'un mètre soixante dix fondue entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le début du IIe siècle ap. J.-C. (environ 400 pièces),

. un calendrier dont il manque environ la moitié (149 pièces, dont 126 portent une inscription).

La statue en bronze représente un dieu nu, glabre et chevelu, levant une main droite qui devait tenir une lance.

Un hypothétique casque disparu l'identifie à Mars, possible avatar du dieu à la lance Lug, la divinité éponyme de la ville de Lyon que le Livre de Leinster qualifie « d'au long bras » (Láṁḟada). Sa destruction et celle du calendrier sont rapprochées d'une razzia conduite par Chrocus en 275.

Reconstitué par Paul Dissard en une quinzaine de jours, le calendrier se présente sous la forme d’une table aux dimensions de 1,48 m sur 0,90 m, les cent quarante neuf fragments assemblés couvrant moins des deux tiers de la surface totale. Comme sur d'autres calendriers trouvés à Rome, à chaque jour correspond un trou, où l’on place une goupille pour indiquer la date du jour. Au delà de ce constat, le calendrier pose des questions, en particulier sur sa fonction, perpétuelle ou pas, son utilisation éventuelle à des fins civiles inconnues, questions qui restent sans réponses, mais son caractère druidique est indéniable.

Les lettres et chiffres sont gravés en caractères latins, mais la langue est gauloise. Le document comporte 2 000 mots inscrits sur seize colonnes et 2 200 lignes : c'est le plus long connu en cette langue. L'étude apporte une soixantaine de mots nouveaux dont le sens, basé essentiellement sur la philologie comparée aux langues gaéliques, reste très incertain en l'état actuel des connaissances.

C’est un calendrier luni-solaire, semblable à tous les calendriers protohistoriques des zones tempérées, depuis la Chine jusqu'à Rome. Ce calendrier comporte 16 colonnes de 4 mois lunaires représentant un lustre ( 5 ans). En dehors des noms de mois d'aucuns y décèlent des noms d'arbres. Ce document est étonnant de précision. De type luni-solaire, l'année comportait 12 mois de 29 ou 30 jours, avec un mois supplémentaire de 30 jours ajouté tous les 2 ans et demi. Tous les 6 lustres (30 ans) la suppression d'un mois de 30 jours permettait de ramener à 365,2 jours la durée moyenne de l'année. Toutes civilisations confondues, peu de calendriers arrivent à une telle précision à cette époque. Il est la preuve formelle que les Gaulois étaient moins "barbares" que les commentaires romains, parfois un peu niais, voudraient l'établir.

Quelques notions générales sur les calendriers : L'unité calendaire est le jour. Celui-ci peut commencer à 0 heure, comme dans notre calendrier, ou au coucher du soleil, comme chez les Celtes. Ceci ne modifie en rien la notion ou la durée du jour que tout le monde sait appréhender. Un calendrier peut s'appuyer sur l'écoulement du temps mesuré par rapport à la course de la terre autour du soleil ; il s'agit de calendrier solaire. Il privilégie la notion de cycle des saisons et donc les travaux agricoles. (Semailles, moissons). Il peut aussi s'appuyer sur la course de la lune autour de la terre. Il s'agit alors de calendrier lunaire. La vision de la lune et de ses phases est particulièrement facile à constater. La pleine lune se voit dans le ciel ; le printemps est moins immédiat à détecter. Dans les deux cas on se trouve confronté à une difficulté majeure : La durée d'un cycle, qu'il soit solaire ou lunaire, n'est pas un nombre entier de jours. Il y a même une kyrielle de chiffres après la virgule dans les deux cas. Pour la lune le cycle à considérer est la révolution synodique moyenne appelée aussi lunaison. Elle dure en moyenne 29 jours 12 heures 44 minutes et 2,8.. secondes. Pour le soleil le cycle adéquat est l'année tropique qui dure 365, 242 198 79 jours. Lorsqu'on veut concilier les deux cycles pour tenter de les synchroniser, les calculs "astronomiques" sont particulièrement délicats. Ils ne mènent qu'à un pis-aller consistant à ajouter ou à retrancher par ci par là des jours ou des mois pour recaler la cohérence du système. "Notre" calendrier est solaire. Une précision acceptable avec la marche du soleil est obtenue en ajoutant un jour - le 29 février- tous les 4 ans , sauf 3 fois sur 4 lors des années séculaires. L'an 2000 était bissextile mais 2100, 2200, et 2300, bien que divisibles par 4, ne le seront pas. Ce calendrier "grégorien", solaire, comporte cependant des éléments issus des cycles lunaires pour fixer les fêtes religieuses. Pâques en est la clé, les autres fêtes mobiles en découlent. La majorité des calendriers celtes dont on retrouve des traces, sont luni-solaires car l'agriculture étant une activité majeure, tous comportent des particularités pour synchroniser périodiquement le calendrier d'inspiration lunaire avec les cycles des saisons régis par la marche du soleil. De ceci découle une constatation simple : Toutes les fêtes, religieuses ou non, toutes les frontières de "mois", exprimées ou converties en "système grégorien" sont mobiles, avec des fluctuations pouvant atteindre une dizaine de jours qui est l'écart très approximatif entre une année "solaire" et 12 lunaisons.
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