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La Table Claudienne

  • Alain Foucaut
  • 23 déc. 2015
  • 4 min de lecture

En 1528, Roland Gribaux, drapier et bourgeois de Lyon, fait dépierrer sa vigne située sur les pentes de la Croix-Rousse alors non lotie. On découvre à peine enterrées dans le sol deux lourdes plaques de bronze portant des inscriptions en latin. Un « antiquaire » lyonnais, Claude de Bellièvre, identifie bientôt le texte comme un discours de l’empereur Claude. Aujourd’hui encore, une rue située à proximité du lieu de cette remarquable découverte porte le nom des « Tables claudiennes ».

Il est maintenant d’usage d’utiliser l’expression « Table Claudienne » au singulier. Les deux plaques forment en effet un seul document inscrit sur une table en bronze incomplète de 1,40 m de haut sur 1,93 m de large, pour un poids de plus de 222 kg. L’inscription était probablement apposée à proximité du grand autel fédéral des Gaules* où se réunissaient chaque année les délégués des soixante cités venues concélébrer le culte impérial et leur attachement à l’Empire.

TIBÈRE As frappé sous Tibère entre 14 et 37 ap J.-C. A/ TI CAESAR AVGVST F IMPERATVR TIbère CaÉSAR Fils d'AUGUSTe Empereur R/ ROMETAVG À Rome et Auguste. Autel des Gaules à Lyon

L’empereur Claude est né à Lugdunum le 1° août 10 avant notre ère et selon une tradition douteuse, le jour même de l’inauguration de l’autel fédéral des gaules. Il appartient à la famille des Julio-claudiens. Par son père Drusus l’Ancien, il est le petit fils de Livie, l’épouse d’Auguste. Par sa mère Antonia la Jeune, il est le petit fils de Marc-Antoine et d’Octavie, la sœur d’Auguste. Claude devient empereur le 25 janvier 41, après l’assassinat de son neveu Caligula par les prétoriens. C’est le cinquième des Douze César dont l’histoire nous est contée par Suétone, ainsi que par Tacite.

Le discours prononcé devant le Sénat de Rome en l’an 48, véritable exposé de « politique générale » consacré aux cités provinciales de l’Empire, a en effet été retranscrit par l’historien romain Tacite dans ses Annales (livre XI, chapitre XXIV). Mais la version gravée ici sur deux colonnes est incomplète, car la partie supérieure de la table a été arrachée. Il manque environ 40 % du texte initial, dont l’introduction. Cependant le rapprochement des deux versions du discours révèle que l’historien a réécrit le texte impérial à sa manière, en le simplifiant et en éclairant le contexte politique de l’époque.

Après le désastreux règne de son prédécesseur Caligula frappé de folie, Claude propose de faire entrer au Sénat de Rome les élites des provinces qu’il désire intégrer parmi la classe politique dirigeante de l’Empire. Cette promotion ne concerne d’ailleurs pas les habitants de Lugdunum qui avaient déjà obtenu la citoyenneté romaine avec le nouveau nom complet de leur ville rebaptisée : « Colonia Copia Claudia Augusta Lugdunum ». Mais les autres cités gauloises la réclamaient, ce qui explique l’affichage du discours dans la capitale des Trois Gaules et sur le lieu même du mystérieux sanctuaire confédéral. Il ne s’agit pas ici de faire le panégyrique de l’empereur Claude qui s’identifiait modestement au dieu Jupiter.


As de Claude, TI CLAVDIVS CAESAR AVG PM TR P IMP "Tiberius Claudius Caesar Augustus Pontifex Maximus Tribunitia Potestas Imperator". Tête nue de Claude à gauche.

Lyonnais par hasard, en raison de la carrière de son père alors gouverneur des Gaules, il n’était pas destiné au principat. Porté par sa culture aux études historiques, il a rédigé plusieurs ouvrages, en particulier une histoire des Etrusques aujourd’hui perdue. Après un début de règne apaisé, il n’a pas tardé à devenir un tyran sanguinaire, avant de périr en l’an 54 par le poison administré par sa quatrième épouse et nièce, la fameuse Agrippine, mère de l’abominable Néron.


* Les ornements de l'autel de Lyon sont des symboles dont le sens demande à être interprété. Ces ornements, de fabrication Gauloise ont été parfois restitués de façon approximative sur le revers des monnaies. La première chose est d'identifier clairement les éléments et accessoires représentés et, dans un deuxième temps, d'en décripter le sens. La raison d'être du monument : L'autel a été élevé au confluent du Rhône et de la Saône par une soixantaine de tribus Gauloises qui ont admis par ce fait l'autorité de Rome représentée par Auguste. L'autel a été consacré lors du premier séjour d'Auguste à Lyon (12 av. J-C.) qui, en cette occasion, consacra Lyon comme métropole des 3 Gaules. Les 3 Gaules impériales étaient : la Gaule Lyonnaise, la Gaule Aquitaine, la Gaule Belgique. La Gaule Narbonnaise était une Gaule Sénatoriale. Les noms des nations Gauloises étaient gravés sur l'autel et chaque peuple était figuré par une statue dans le sanctuaire dont l'autel n'était qu'une partie. Auguste resta près d'un an en Gaule avant de partir pour l'Espagne. Chaque année au 1er août, des représentants des nations Gauloises se retrouvaient devant l'autel dédicacé à Auguste et à Rome : le conseil des Gaules. C'était le point de départ des "fêtes Augustales" (dédiées à Auguste). Le commerce y battait son plein sous la forme d'une grande foire. Des processions religieuses, des sacrifices et des jeux Gaulois étaient organisés. L'importance de ces jeux était particulièrement intéressante et liée directement aux symboles présents sur l'autel des 3 Gaules. Cette manifestation avait surtout pour but de réaffirmer l'allégeance des peuples de Gaule à Rome, à ses Dieux et à Auguste, lui-même divinisé. Mais le conseil des Gaules, qui était formé de représentants Gaulois désignés par le Sénat de chaque ville concernée, faisait remonter à l'empereur ses souhaits et doléances.

17 Rue Cleberg, 69005 Lyon

Accès payant

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