L’oppidum de Pech Maho
- Alain Foucaut
- 31 août 2015
- 3 min de lecture
Le site de Pech Maho (Sigean, Aude) constitue l’un des gisements majeurs de la Protohistoire du Midi de la Gaule.
fortifications avec au premier plan, la tour monumentale

Occupé entre le milieu du VIe et l’extrême fin du IIIème siècle avant notre ère, ce petit habitat littoral implantée en bordure des étangs de Bages-Sigean a fonctionné durant plus de trois siècles comme une place de commerce fréquentée par les navigateurs méditerranéens, notamment Grecs et Etrusques. Véritable « emporion » au sens que lui donnaient les Grecs anciens (terme que l’on peut traduire par « comptoir »), Pech Maho constitue un gisement de référence pour l’étude des mécanismes de l’échange en Méditerranée à l’Âge du Fer.
la tour monumentale et à son pied, les pierres plantées?

Site atypique sur bien des plans, Pech Maho a fait l’objet de fouilles continues entre la fin des années 50 et la fin des années 70 sous l’impulsion d’Yves Solier (CNRS). Ces travaux qui ont mis au jour une portion non négligeable de l’habitat et de la fortification ont fixé durant longtemps le cadre de nos connaissances, mettant notamment en lumière les grandes phases de l’évolution du site, trois grandes périodes d’occupation étant alors reconnues.
le caniveau débouchant de la porte principale

Le site est brutalement détruit dans le dernier quart du IIIème siècle avant notre ère. En témoignent à la fois des traces de combat, ainsi que l’incendie qui affecte de nombreux bâtiments, le plus souvent effondrés au même titre qu’une partie de la fortification. Des traces de pillage émaillent cet épisode violent et semblaient, jusqu’à il y a peu, marquer la fin définitive de l’occupation, tandis que des restes d’équidés ainsi que de l’armement étaient interprétés comme la trace explicite de cet épisode guerrier. Un bûcher collectif, érigé sur les ruines, a en outre accueilli plusieurs individus, que l’on suppose avoir été tués au moment des combats.
habitats sur l'oppidum

Les fouilles récentes, entreprises depuis 2004 sous la direction d’Eric Gailledrat (CNRS) ont permis de poser de nouveaux questionnements, liés en particulier à la fin tragique de Pech Maho. Il apparaît notamment que cette séquence de destruction s’avère plus complexe que ce qui était envisagé à l’époque par Yves Solier. Il est désormais acquis que, peu de temps après cet épisode, ont été pratiqués sur le site un certain nombre de rites de célébration liés au monde guerrier, dont le bûcher collectif évoqué précédemment constitue le point d’orgue.
dalle gravée (navires) proche de la porte principale

Le nom antique est inconnu. Le nom Pech Maho est contemporain et n'est que la mauvaise transcription de l'occitan Pech Mau, la mauvaise colline. Cependant María José Pena propose de voir dans le toponyme Σαιγάνθη (Saiganthé), inscrit sur une tablette de plomb du Ve siècle découverte à Empúries, la transcription en grec ionien du nom ibère de l’oppidum. Ce nom aurait ensuite évolué pour donner le nom de Sigean.
L’oppidum de Pech Maho est situé sur la rive de la Berre près de l’étang de Sigean. Il est construit sur une colline calcaire de forme triangulaire d’une altitude de 29 mètres et d’une superficie de 2 hectares. Au nord, il domine de 20 mètres la Berre et son ancienne embouchure aujourd’hui comblée (plaine du Lac ou « arena ») ; au sud, il s’élève à 5 mètres au-dessus du plateau des Oubiels ; vers l’est, à 500 mètres de l’oppidum, se trouve la nécropole au lieu-dit « Las Peirros ».
vue depuis le fossé des lignes de défense successives étagées en terrasse

Oppidum et port de pêche d’importance notable, si l’on se réfère aux témoignages archéologiques, Pech Maho est un site majeur dans le paysage historique des VIe et IIIe siècles avant J.-C. : fortifications, urbanisme, habitat, traces d’artisanat et de commerce, témoignent du dynamisme de cette ville.
L’importance de l’oppidum, son activité commerciale soutenue avec le monde méditerranéen, sa fin tragique, en font un site remarquable et exemplaire pour l’Age du Fer.

Visite guidée avec la passionnante Catherine Brunet (association Cernunnos) les derniers samedi de chaque mois, et tous les mercredis matin en juillet-août.

Renseignements : Syndicat d’Initiative Adresse : place de la Libération 11130 Sigean