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L'ermitage de la butte Saint-Louis

21/07/2017

Combien de fois suis je monté sur la butte Saint-Louis? En rando, en courant, en VTT (du temps ou ce n'était pas interdit ! D'ailleurs en ce temps là, au siècle dernier, on appelait cela du mountain-bike)... J'en connaissais l'histoire mais seuls quelques vestiges sortaient encore du sol, dont une jolie petite cave voûtée.

 Son histoire:

Le 22 janvier 1264, Louis IX, chassant dans la forêt, se trouva séparé de sa suite et s'égara; étant monté sur une butte située proche la route actuelle de Melun, il fut, tout-à-coup, attaqué par une bande de brigands; il se défendit vaillamment, tout en sonnant dans son huchet (1), pour appeler du secours; ses compagnons l'entendirent, accoururent et le délivrèrent.

Ce huchet, et c'est là où la féerie vient se mêler à la réalité, avait appartenu à un duc d'Angleterre, nommé Astolphe; il avait été donné par un ermite, dernier descendant de ce personnage, au saint roi, pendant la croisade de celui-ci, en Palestine; c'était un cor merveilleux, dont les sons avaient la propriété de frapper d'épouvante les ennemis de son heureux possesseur, tout en attirant ses amis.

Louis IX vit dans sa délivrance une intervention de la divine Providence, et fit bâtir, au sommet de la Butte, une chapelle qu'il dédia à Saint-Vincent, dont on célèbre la fête le jour où l'événement était arrivé. On éleva, pour le desservant, un ermitage à côté de la chapelle, qui s'appela Saint-Vincent de Montouy, et fut doté, dès sa fondation, de deux muids de setiers de froment (2), à prendre sur le domaine royal de Melun.

Lors de la canonisation du roi, en 1297, on dédia la chapelle au nouveau saint, et elle ne fut plus connue que sous le nom de Saint-Louis en Beau-Lieu. Elle était à la collation (3) du roi, et exemptée de tout décime ordinaire et extraordinaire. C'était un lieu de pèlerinage assez fréquenté; le Père Dan affirme que de son temps, on y comptait jusqu'à quatre mille personnes, le jour de la Saint-Louis.  

Plus de trois cents ans après cette fondation, dans son Histoire générale des pays du Gastinois, Senonois et Hurpois, publiée en 1630, le Grand Prieur de l'Abbaye de Ferrières-en-Gâtinais, Dom Guillaume Morin écrit « l'an 1610, l'Hermite qui demeurait en cet ermitage qui est assise sur la pointe d'un haut rocher presque inaccessible, fut tué par des méchants voleurs, qui auraient ouy dire qu'il avait de l'argent, il s'appelait de Marigny. » La victime, le sieur de Marigny, ancien prévôt des maréchaux de Bourgogne, était venu là faire une retraite spirituelle.

Quelque temps après, en janvier 1612, Louis XIII fit don de la chapelle aux Mathurins de Fontainebleau, qui y entretinrent de simples gardiens; ceux-ci, malgré la robe qu'ils portaient, n'étaient pas toujours très-scrupuleux, car nous voyons l'un d'eux, Pierre Naudin, poursuivi, en 1617, à la requête du procureur du roi de la maîtrise, pour délits commis dans la forêt, et recel de bois volé. En 1646, un certain François Ménard, de Bois-le-Roi, fut condamné à être traîné sur une claie, et pendu par les pieds, pour s'être défait (4) dans la chapelle Saint-Louis. Enfin, en 1701, plusieurs ermites ayant été successivement assassinés, Louis XIV fit détruire les bâtiments de fond en comble, et le hameau des Basses-Loges qui se trouvait grosso modo à la place de l’actuel Bois-le-Roi. L’assassin y vivait !

 

Les fouilles:

En 1869, quelques fouilles furent entreprises sur ce point; on retrouva un certain nombre de pierres, dites de Paris, taillées ou grossièrement sculptées, clefs de voûte, corbeaux, débris de piliers, etc.; les ossements de deux hommes qui avaient été enterrés devant l'autel; ceux de plusieurs autres en dehors et près de la chapelle; puis six petites pièces de cuivre, éparses dans les décombres et n'ayant aucune valeur: un jeton de Nuremberg, une pièce de 1626, un denier, à l'effigie de Gaston d'Orléans, de 1650, deux liards de France de 1656 et 1657.

 Depuis 2010, mobilisés pendant une journée, 100 enfants et jeunes adultes volontaires, âgés de 8 à 20 ans (des scouts et guides de France)), remettent en lumière une partie des vestiges de la Butte Saint-Louis. Munis de seaux, gants, râteaux, ils nettoyent ce site en enlevant le lierre, la végétation basse et les branches. Puis, en vue d’une éventuelle restauration, ils se sont chargé de trier puis de remonter les pierres dispersées sur les pentes.

  En 2017, le lieu ne révèle pas ses secrets au premier regard. Perchée à 112 m de hauteur, au cœur de la forêt de Fontainebleau, la butte Saint-Louis abrite les ruines d’un ermitage médiéval. Un endroit mystique.

Depuis le 3 juillet et durant trois semaines, l’Office national des Forêts (ONF), avec l’appui de la direction régionale des affaires culturelles (Drac), fouille les lieux avec l’appui de six étudiants en archéologie.

Le mercredi 19 juillet 2017 après-midi, le public a été invité à une visite guidée du site. Fouilles d’un ermitage médiéval en forêt de Fontainebleau.

 Sous les souches des arbres, de la terre, l’ermitage, de 20 m de long sur 5 de large, apparaît avec des murs imposants. Collée au chœur se trouve la petite maison de l’ermite dont il subsiste la magnifique petite cave voûtée. Les coupes de pelles, pioches et truelles rythment ce minutieux travail pour déterrer les derniers restes de l’édifice. "Là, nous allons descendre sous l’église, dont apparaît sur le sol, un dallage régulier, pour essayer de trouver des éléments de preuves d’une occupation avant même le XIe siècle",  explique l’archéologue Sophie David.

                                                                           Ancien dallage de l'église

 Des photographies aériennes récentes faites avec un scanner ont effectivement semé le doute et éveillé la curiosité des scientifiques. Deux cercles concentriques apparaissent nettement autour des ruines, l’un à mi-chemin, l’autre au bas de la butte. Un fossé ? Une palissade ? « Ce lieu qui domine le coin a pu être occupé à l’époque gallo-romaine ou avant, avance Sophie David. C’est une hypothèse mais nous avons aucune preuve. »

 

(1) Huchet = cornet pour avertir de loin.

(2) Setier = mesure pour les grains et les liquide, entre 150 et 300 litres selon les régions.
Deux muids de setiers = environ trente-sept hectolitres.

(3) Collation = droit de conférer.

(4) S'être défait = s'être dévêtu, s'être exhibé.

 

Forêt de Fontainebleau, parcelle 221

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